A l’origine d’Ansar Charia, le groupe de Milan

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Imen Gzara

Avocate et chercheur

Présidente du centre tunisien d’études

et de recherches sur le terrorisme

Traduction

Mme Monia Ben Jemai

Professeur Universitaire

Introduction

L’annonce de la création du groupe Ansar Charia en Tunisie au mois d’avril 2011 par Seif Allah Ben Hassine[1] n’est pas fortuit. Il est l’aboutissement du  parcours d’un groupe de tunisiens ayant émigré à la fin des années 80, début 1990 dans différents pays européens dont l’Italie du Nord, où plusieurs d’entre eux s’installent, à Milan. 

Les années 90, plus précieusement de le début de l’année 1994 a constitué une date charnière pour ces migrants tunisiens. Ils fréquentèrent le Centre Culturel Islamique de Milan et la mosquée Omar El Farouk de la ville de Varèse où ils furent recrutés et devinrent ainsi, les éléments constitutifs de la cellule de Milan. A partir de cette cellule mère et en parallèle, certains de ses membres ont intégré des centres islamiques dans plusieurs pays européens dont l’Espagne, L’Angleterre (Londres), la Belgique, la France, l’Allemagne et la Suisse, et des pays arabes, en particuliers en Algérie et au Soudan. Le juge français Jean Louis Bruguière, spécialisé dans la lutte anti-terroriste parle du lien entre la cellule de Milan et la cellule bruxelloise dirigée par le tunisien Tarek Maaroufi[2].

Avec la création de la cellule de Milan, les Tunisiens qui y adhèrent ne se consacreront plus qu’à un seul objectif faire revivre l’islam et l’étendre au monde afin que le Coran et la Charia y règnent. Ils rejoignent les camps d’entraînement en Afghanistan et combattent aux cotés des musulmans en Bosnie et en Algérie. L’objectif était d’acquérir de l’expérience avant de commencer à mener le combat en Tunisie, à partir de 2001, au mois de juillet plus exactement. Or à cette même date, la cellule de Milan et ses membres sont découverts et arrêtés. Alors que d’autres font l’objet de poursuites judiciaires devant le tribunal militaire permanent de Tunis. En 2006, se déroule l’attentat de Soliman(Gouvernorat de Nabeul), mené par des terroristes djihadistes dirigés par Lassaad Sassi[3]. Celui-ci s’entrainait avec le groupe « Bakouna Ala Ahd » (على العهد الباقون) dans les montagnes Algériennes dès le mois de juillet 2013, en compagnie de Zouheir Riani qui fit, comme lui, partie de la cellule de Milan[4]. Cette dernière s’intégrera au groupe Ansar Charia, classée en Tunisie, organisation terroriste, le 27 juillet 2013.

Nous reprendrons le parcours de la cellule de Milan en commençant par sa création (I) et sa disparition progressive, avant de se fondre dans le groupe Ansar charia (II) 

I. Création de la cellule 

Le recrutement des membres du Centre Islamique de Milan (1), la lutte Islamique comme le rôle joué par chacun d’eux (2) sont des données recueillis dans les dossiers judiciaires d’affaires en cours devant les tribunaux tunisiens

  1. Recrutement 

Parmi les éléments déterminants et communs à tous ses membres qui ont conduit à la création de la cellule de Milan, il y a : la migration irrégulière en Italie,  le niveau d’instruction de chacun des membres, l’adhésion à l’idéologie extrémiste, la participation aux camps d’entrainements djihadistes et à des opérations terroristes. 

  • Migration irrégulière en Italie

 L’Italie était et est toujours une terre d’émigration pour les jeunes tunisiens défavorisés, en rupture de scolarité, au chômage ou ayant des emplois précaires. C’est le cas pour le groupe de Milan. Tous ont émigré à la recherche d’une vie meilleure: Adel Saidi[5]Mohamed Aouadi[6]Mokhtar BouchouchaSami EssidMoncef Hammami[7]Mehdi KamounMoez Fezzani[8]Walid El MejriMohamed Haouachi, Imed Jamelli, Ali Toumi, Béchir Ben Zayed et d’autres encore. 

  • Niveau d’instruction primaire et emplois précaires 

Les interrogatoires des membres de la cellule montre que tous occupaient des emplois précaires avant d’émigrer en Italie. Journaliers, certains s’occupaient occasionnellement à des travaux de menuiserie (Imed Jamelli[9]), de construction (Béchir Ben Zayed), étaient vendeurs sur des marchés (chaussures, Sami Essid), alors que d’autres étaient au chômage. 

Leur niveau d’instruction ne dépassait pas pour certains l’école primaire ou secondaire pour d’autres. Ils disent avoir découvert à Milan le livre d’Ibn Taymiya « Al-Aqidat Al-Wasittiyah » et celui de Abdul Kader Bin Abdoul Aziz« Umda fi I’dad al-‘Udda », essentiels pour la préparation du Jihad.

  • L’adhésion à la pensée extrémiste 

Peu instruits, vivant dans la précarité et l’exil, il n’était point difficile de les enrôler. Tous se sont connus au centre culturel islamique de Milan ou à la mosquée de Varèse où ils reçoivent leur première formation. Conférences, projections de vidéos de groupes de combats en Bosnie avec mise en avant des Tunisiens qui s’y sont distingués. 

Des conférences au centre culturel islamique de Milan sur le jihad et sa doctrine sont données par l’égyptien « Anouar Chaabane ». Le djihad en Bosnie était l’autre grand sujet de débat. Le tunisien Youssef Aidaoui se chargeait de recruter des adaptes depuis le centre de Milan ou la mosquée de Varèse.

Par la suite, ces jeunes tunisiens furent envoyés au combat en Bosnie ou en Afghanistan, après que le groupe se soit formé sous le nom de la cellule de Milan et qu’ils y furent intégrés. 

Moez Fazani connu sous le pseudonyme de « Abou Nassim ». Il est en Italie depuis 1988 où il est alors arrêté pour trafic de drogue. A sa libération, il fréquente assidument le centre culturel islamique de Milan où il adhère à l’idéologie extrémiste. Il se rend en Bosnie en 1994 et rejoint les groupes de combattants après avoir été adoubé par l’égyptien « Anouar Chaabane » qui lui délivre un certificat d’appartenance au centre culturel islamique de Milan afin de lui faciliter le déplacement en Bosnie, en compagnie de Abou El Mouhajer Ettounsi et Abou Malek Ettounsi.

Béchir Ben Zaied connut le même parcours. En Italie, depuis 1988, il est un assidu de la mosquée de Varèse en compagnie de Ridha Zidi, originaire de la même région que lui en Tunisie. C’est là qu’il rencontre Youssef Aidaouiqui le recrute dans la cellule de Milan dirigée en 2000 par Seif Allah Ben Hassine (Abou Yadh), depuis l’Afghanistan. 

Chacun des membres de la cellule est affublé d’un nom de guerre, parrainé puis envoyé au combat en Bosnie ou dans les camps d’entraînement d’Afghanistan. Falsifications de passeports, de visas, escroqueries etc. Ces crimes de droit commun sont monnaie courante pour financer les départs . 

Les membres de la cellule ont désormais toutes les « qualités » du terroriste, le nom d’emprunt, la soumission (Bay’a), l’entrainement au maniement des armes[10]

2. Le financement des activités

La cellule finance les voyages dans les zones de combat en Bosnie ou dans les camps d’entrainement en Afghanistan et à partir d’avril 2004, elle soutient financièrement les groupes armés d’Algérie sur ordre de Abou Yadh. C’est à cette date que Mokhtar Bouchoucha, toujours sur instruction de Abou Yadh[11], se rend en Algérie pour coordonner l’arrivée de combattants de la cellule de Milan afin de soutenir le groupe « Bakouna Ala Ahd » ( على العهد الباقون ). C’est alors qu’un premier convoi de combattants est envoyé en juillet 2000 avec des armes et des munitions à destination de la Tunisie[12].  

Le financement de toutes ces opérations a pris des formes diverses :

  • Fabrication et vente de faux billets de banque

C’est le moyen le plus fréquemment utilisé par la cellule de Milan en Italie et dans d’autres pays européens. Ainsi Imed Jamelli qui a la réputation d’être un faux monnayeur patenté fait figure d’argentier de la cellule de Milan. Il se rend entre autres en compagnie de Adel Ben Soltane en Allemagne pour changer 30 millions de fausses lires italiennes. 

Vol de bijoux, de voitures et autres objets multiples et divers deviennent licites après une fatwa justifiant et autorisant le vol, lancée par Abou Katada le palestinien.

  • Fabrication de faux passeports et visas

Tarek Maaroufi connu sous le nom de « Abou Ismael », est un des dirigeants de la cellule de Bruxelles. Il joue un rôle central, selon les dires de Imed Jamelli. Celui-ci déclare avoir reçu de Tarek Maaroufi la somme de un million de faux billets de lires italiennes, en 2002, au titre de soutien logistique, pour financer les actes terroristes de la cellule et le déplacement de ses membres, Tarek Maaroufi déclare à ce propos : « je dirigeai la cellule de Bruxelles et j’étais chargé de procurer le nécessaire aux volontaires à leur départ : tunisiens, algériens et marocains qui m’ont désigné comme étant leur Emir »[13]. Autre acteur central, cette fois à Genève en Suisse, Tahar Ben Salem connu sous le nom de « El moustaysser » qui s’est spécialisé dans l’envoi de tunisiens de Suisse en Afghanistan en coordination avec Sami Essid

Participation aux guerres.

La Bosnie puis l’Afganistan sont pour le groupe de Milan des espaces consacrés dans lesquels ils vont s’entrainer au combat. Moez Fazani, par exemple, s’est rendu en Bosnie où il s’est exercé au maniement des armes telles que la kalachnikov ou les grenades à main ainsi qu’aux tactiques de guerre sous la direction de Ahmed Masri, l’égyptien. Il rejoint le groupe terroriste « Bani Louka » ( باني لوكا ) dirigé par « Abou Abdallah le libyen ». En 1995 Moez Fazaniparticipe par deux fois, au mois de mai et septembre au combat contre les forces Serbes. Il continue à se battre aux côtés de ce groupe jusqu’en mars 1996, date de la signature du traité de paix de Dayton[14]

  • Formation dans les camps d’entraînement

En Afganistan, la formation se déroule principalement dans la province de Khost, le camp d’entraînement Khaldonappartenant à El Qaida et les camps des talibans de Jalalabad. La durée de la formation se situait entre sept mois et un an. Mehdi KamounSami EssidSami FtitiMokhtar BouchouchaImed JamelliJabeur TrabelsiRidha YezidiChiheb Ayari et Amor Sliti font partie du groupe. Ils reçurent des formations dans les sports d’endurance, les méthodes d’assassinat, les modes d’emploi d’explosifs, les combats urbains ainsi que des cours théoriques et pratiques sur les modes d’utilisation des armes légères tels que les pistolets SIG-SAUER et MAKAROV et des armes moyennes de type kalachnikovBKDouchkaRPG, ainsi que des explosifs tels que les cocktails Molotov, TNT. Ils sont également formés dans les techniques d’information et de renseignements ainsi que sur les attaques surprises[15]. C’est en Afghanistan que les terroristes Tunisiens sur place désignent Seif Allah Ben HassineAbou Yadh, pour être leur Emir[16]

  • La vie dans les camps d’entrainement

Les entraînements sportifs commencent tôt le matin, après la prière de l’aube, puis sont donnés les cours théoriques et autres formations. Des gardes de nuit sont affectés à la surveillance des camps durant la nuit entière, Imed Jamelli, est souvent affecté à cette tâche.

  • Tunisiens présents au Pakistan et en Afghanistan

Le départ des tunisiens vers l’Afghanistan et le Pakistan s’est effectué sur plusieurs années, selon Imed Jamelli ce dernier ce serait rendu à Genève, aux mois de février et mars 2000 afin de fournir les fonds nécessaires aux voyages des tunisiens[17]

Ceux-ci y sont parvenus soit d’Italie soit d’autres pays comme le Soudan. Parmi eux Mohamed Brahmi membre du groupe « Ansar Al Sunna » au Soudan et Lotfi Lagha venu de Bosnie qui fut emprisonné par la suite à Guantanamo. Imed Jamelli qui passa par ces camps d’entrainements déclare qu’une fois terminé sa formation, il revint en Italie en compagnie de Abdel Wahab HamidMehdi Kamoun et Mokhtar Bouchoucha. Ils restèrent durant un mois dans la province de Khost et à Jalalabad puis ils se rendirent au Pakistan avec l’aide de Adel Hkimi qui leur délivra alors un faux passeport italien.

Un groupe terroriste devait se constituer à Jalalabad, formé de tunisiens et d’un Italien résidant dans divers pays dont l’Italie. C’est ce que déclare Mohamed Brahem. Lors de sa rencontre avec Kamel Hammami. Celui-ci était chargé d’amener les tunisiens d’Italie et du Soudan en Afghanistan et au Pakistan et ce, en étroite coordination avec Youssef Aidaoui, le responsable de la cellule de Milan et Abou Yadh. Au Pakistan, les tunisiens étaient reçus par un individu nommé Seif et, à la fin de leur formation dans les camps, Adel Hkimi était chargé de leur retour à leur pays de résidence, en leur fournissant faux passeports et visas. 

  • Liens et allégeance à Al Qaida

Tous les tunisiens se sont entrainés dans le camp de Khaldon dans la province de Khost lequel appartenait à El Qaida. Mohamed Toumi, arrivé du Soudan, le confirme en affirmant avoir rencontré dans les locaux de la Qaida, Abou YadhTarek Maaroufi et Nizar TrabelsiImed jamelli ajoute quant à lui, avoir rencontré Ayman al-Zawahiri, dans le camp de khaldon[18].

Les membres du groupe de Milan, par leurs entraînements, les liens qu’ils tissèrent avec les tunisiens établis dans d’autres pays ont acquis l’expérience nécessaire pour s’organiser dans le secret le plus total en Italie avec pour objectif d’effectuer des opérations terroristes en Tunisie. 

Mais leur expansion en Italie, les liens internationaux qu’ils tissèrent, leur mode opératoire ont abouti à la dislocation du groupe. 

II. La dislocation du groupe et son intégration dans Ansar Charia

Les membres du groupe devinrent trop nombreux, leurs fréquents déplacements, la criminalité de droit commun qui va des vols d’objets précieux à la fabrication de faux (falsifications de passeports et visas) en passant par le trafic de faux billets de banque attirent l’attention de la police. Ils sont arrêtés, condamnés par des pays européens et/ou par la Tunisie, certains sont en fuite. Le groupe est disloqué avant la révolution (1) Ses membres se retrouvent après la révolution et fondent Ansar Charia (2)  

  1. La dislocation du groupe avant la révolution tunisienne
  • Poursuites pénales et condamnations de la plupart des membres de la cellule. Prisons et fuite. Morts dans les combats
  • Bechir Ben Zayed, chargé par Sami Essid du change de faux billets de banque : Arrêté en Suisse, en avril 1999, alors qu’il s’apprêtait à franchir la frontière à destination de l’Afghanistan avec un faux passeport hollandais. Il avait été auparavant arrêté quatre fois et emprisonné, en France et en Espagne. En 2000, il est arrêté par les autorités italiennes et soumis à la surveillance administrative durant deux mois. Il devait se présenter aux autorités deux jours par semaine, les lundi et jeudi, dans la ville de Milan. Il est déféré devant les tribunaux italiens en janvier 2001. 

Sur ordre de Sami Essid, il s’était rendu en Algérie, en 2000, pour prendre contact avec le groupe « Bakouna Ala Ahd »(العهد على الباقون). Arrêté par les autorités algériennes en avril 2001, Bechir Ben Zayed passe plus de trois mois en prison, où il est interrogé sur les raisons qui l’ont amené en Algérie et ses relations avec les groupes terroristes qui s’y trouvent. Il rentre en Tunisie et est arrêté le 7 juillet 2001. Il est poursuivi avec d’autres membres de la cellule et une instruction est ouverte auprès du tribunal militaire permanent de première instance de Tunis sous le numéro 1850/3. 

  • Youssef Aidaouidirigeant de la cellule de Milan

Il est arrêté à titre préventif, par les autorités italiennes, dans le cadre la préparation de la coupe du monde de football de 1998 en France.

  • Sami Essid son successeur à la tête de la cellule de Milan

Il est arrêté par les autorités italiennes au mois d’avril 2000 et expulsé vers la Tunisie en 2008 où il  est condamné à la prison. 

  • Mehdi Kamoun et Imed Jamelli passent par les prisons italiennes avant d’atterrir dans les prisons tunisiennes. 
  • Moez Fezzani est arrêté au Pakistan, après les événements du 11 septembre 2001 pour appartenance à un groupe terroriste. Il est livré aux autorités américaines, condamné à 7 ans de prison qu’il accomplit dans la prison de Kaboul mais surtout dans celle de Bagram. Après avoir purgé sa peine, il est expulsé vers l’Italie qui l’arrête à son tour, durant 2 années, pour appartenance à la cellule de Milan. Libéré en avril 2012, il est expulsé vers la Tunisie où il été condamné par contumace à 40 années de prison. Il ne les accomplit pas, ayant bénéficié de l’amnistie générale accordée par le Décret-loi n°1 du 19/2/2011. 
  • Abou Yadh dirigeant de la cellule de Milan : arrêté avec 38 autres membres de la cellule dont Bechir Ben ZayedImed Jamelli, Sami Ftiti

D’autres membres de la cellule de Milan en fuite, sont condamnés par contumace par le tribunal militaire permanent de première instance[19].

  • Décès lors d’attaques terroristes
  • Lassaad Sassi et Zouheir Riani meurent lors de l’attentat de Soliman en 2006. 

La cellule de Milan est qualifiée de groupe terroriste établi à l’étranger par le Tribunal militaire permanent de Tunis (jugement rendu le 25/01/2005 sous le numéro 1685)

  •  Après la révolution : La cellule accouche de Ansar Charia 

Le comité central de Al Qaida auquel était affilié la cellule de Milan, décide de changer sa stratégie d’action : Chercher l’appui populaire, former des groupes par pays, agir non plus dans le secret, mais en investissant l’espace public.  

Est alors créée « El Ansar » proclamée depuis la péninsule arabique par Adel Ben Abdallah Ben Thabet El Abeb, dit le cheikh Abu Zoubeir

Le 22 avril 2011, « Ansar Al Charia » est constituée, en Tunisie, au Yemen, puis au Maroc, en Mauritanie, en  Libye et dans d’autres pays encore. 

Deux mois après sa sortie de prison en avril 2011, suite à l’amnistie décrétée en février 2011, Abou Yadh, ancien dirigeant de la cellule de Milan organise le congrès constitutif du Groupe « Ansar Al Charia » à la Soukra, près de la capitale Tunisienne. Le groupe est constitué de la plupart de ses compagnons, également amnistiés, tous membres de la cellule de Milan. Mohamed AouadiSami EssidMehdi KamounNour Eddine SelmiAdel Ben Soltane ou Hamdi (celui-ci a en effet changé de nom de famille après la révolution) en font partie.

Lors de ce congrès de la Soukra, ABOU Yadh proclame la Tunisie terre de prédication et non de Djihad. En réalité elle sera les deux à la fois. 

Sur tout le territoire de la République essaiment alors des tentes dont le but affiché était la prédication et les actions caritatives. Ces tentes permirent à Ansar Charia de se renforcer par de nouveaux adhérents ou d’individus déjà acquis à l’idéologie djihadiste, (de retour des zones de conflit ou de guerre, déjà combattants djihadistes) 

En même temps que se répandent sur tout la territoire les caravanes caritatives, un bras armé, agissant dans le secret (Katibet Ibn Nafaa) est constitué. 

C’est Mohamed Aouadimembre influent de la cellule de Milan, qui constitue « Katibet Ibn Nafaa ». Il se rend en Libye le 4 Août 2012 dans le camp d’entrainement de Dirna pour y rencontrer les membres de « Ansar Libya » (plus tard ces derniers  rejoindront Daesh). 

Le recrutement des tunisiens, à travers les tentes de prédication et les caravanes caritatives permettront de recruter des jeunes pour aller combattre en Syrie et en Libye. 

Sami Essid et d’autres de ses compagnons recrutent pour la Syrie et le combat aux côtés de « Jebhet Ennosra », mais aussi pour la Libye. 

Mehdi Kamoun dirige trois cellules terroristes dans la capitale tunisienne, à la Soukra et dans la banlieue de Tunis, Gammarth et Bhar Lazrag.

Ansar Charia qui avait fait allégeance à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) est alors dirigée par Abdelmalek Droukdel, elle a pour faits d’armes :

  • L’organisation d’entrainements au maniement des armes dans les camps de Libye
  • L’introduction d’armes en Tunisie en provenance de la Libye
  • L’attaque de l’ambassade des Etats-Unis le 14 septembre 2012
  • Les assassinats et les projets d’assassinats

Hichem Ben Rabeh avoue (lors de son interrogatoire) que Mehdi Kamoun avait été chargé de viser des personnalités publiques tunisiennes, des politiques, journalistes et syndicalistes comme Hassine Abassi, l’ancien secrétaire général de L’UGTT ou Mongi Jouini, dirigeant l’un des syndicats de la police. 

Interdiction de Ansar Charia classée en organisation terroriste le 27 Août 2013

La plupart des dirigeants de Ansar Charia  furent arrêtés, Abou Yadh est en fuiteMohamed Aouadi responsable du groupe armé de Ansar Charia est arrêtéMehdi Kamoun qui s’apprêtait à fuir en Libye est intercepté à Gabes. Moez Fazani est expulsé du Soudan où il s’était rendu via le Niger après avoir fui la Libye suite aux frappes américaines. Lors de sa fuite de Libye, il fut aidé par le tunisien Fathi Massaoudi (psychiatre, ayant résidé au Soudan avant de s’établir en Angleterre) et qu’il connut dans les camps d’entrainement en Afghanistan. Il était pour la cellule de Milan, une référence au même titre que Abu Qatada le palestinien

Conclusion

Les membres de la cellule de Milan furent poursuivi par la justice italienne et celles  d’autres pays européens. Après y avoir purgé leurs peines d’emprisonnement, ils sont expulsés vers la Tunisie en 2008. Ils y sont jugés par le tribunal militaire et la cellule de Milan est classée organisme terroriste agissant en temps de paix. Les peines de prison prononcées en 2000 ont parfois atteint les cent ans. 

La plupart des membres de la cellule de Milan sont restés unis et en contact, rompus aux techniques organisationnelles du terrorisme, ce qui a permis de fonder, en 2011 « Ansar al Charia », première cellule locale de la Qaida avec celle du Yemen. 

La cellule de Milan disloquée, celle-ci a rexiste sous l’appellation « d’Ansar Charia » laquelle sera dissoute du fait de l’arrestation de la plupart de ses dirigeants. Mais il n’est pas exclu que le groupe puisse renaitre sous d’autres appellations et selon de nouvelles orientations régionales et internationales des organisations terroristes. 

Les membres de la cellule de Milan se sont retrouvés et se sont ressoudés grâce aux années de prison, ce qui leur a permis de se ressouder et de créer Ansar Charia, une fois amnistiés. Les prisons tunisiennes ont été l’un des pivots de la stratégie de lutte contre le terrorisme. Ces stratégies se révèlent ainsi nécessaires afin que les prisons ne se transforment pas en des lieux de recrutement, de regroupement et de diffusion de l’idéologie terroriste en Tunisie. 


[1] Rapport d’investigation secret de l’administration de la sûreté de l’Etat n°08/2 du 21 août 2001 en application de l’ordonnance n°1008/3 du 9/8/2001 du juge d’instruction Numéro 3 auprès du tribunal militaire permanent de Tunis dans l’affaire n°1895. Il y est inscrit que Seif Allah Ben Hassine dit Abu Yadh était en contact avec le groupe de Milan, en particulier avec Sami Essid et Youssef El Aidaoui. 

[2] Rapport d’instruction du ministère de l’intérieur français en date du 20 juin 2001 sous le numéro 12/2001 a/s sur la commission rogatoire du 6/2/2001 n°1395 émise par le juge d’instruction Jean Louis Bruguière 

[3] Emir du groupe de Soliman nommé « les soldats de Assad Ibn Fourat » et membre de la cellule de Milan. Il est mort lors de l’opération. Voir l’arrêt pénal n°9200 rendu par la Cour d’appel de Tunis le 12 juin 2007. 

[4] Arrêt pénal n°11597, Cour d’appel de Tunis en date du 7/10/2008, rendu dans l’affaire de Soliman.

[5] Lors de son interrogatoire le 29 Mars 2004, il déclare qu’il se trouvait en 2001 à Milan où il y reçoit des leçons de jihad au centre culturel islamique. Il ne connaissait rien ni du jihad, ni des mouvements terroristes, lors de sa migration irrégulière en Italie en 1998. Voir Le jugement pénal n°8463/2004 rendu par le Tribunal de première instance de Tunis, le 15/2/2005. 

[6] Mohamed Aouadi déclare qu’il a brûlé les frontières pour l’Italie à partir de la ville de Sfax. Il s’installe dans la ville de Milan où il devient trafiquant de drogue durant une année et demie, puis il s’adonna à la religion après qu’il se mit à fréquenter le centre culturel islamique. Ordonnance de fin d’instruction n°28156 bis émise par le juge d’instruction n°1 du bureau 12 du pôle judiciaire de lutte contre le terrorisme. 

[7] Moncef Hammami a été arrêté par les autorités tunisiennes à l’aéroport de Tunis-Carthage alors qu’il revenait du Pakistan après y avoir été détenu durant trois ans pour avoir participé au combats aux côtés de groupes terroristes en Afghanistan où il s’y était rendu depuis Milan, ville dans laquelle il vivait de manière permanente depuis 1996. Arrêt de la chambre d’accusation n°67676/9, Cour d’appel de Tunis, 14/11/2004.  

[8] Moez Fezzani déclare faire partie de la cellule de Milan depuis qu’il fréquente assidument le centre culturel islamique. Il décide en 1994, sous l’influence des leçons de Jihad qui y sont donnés de rejoindre les groupes de combattants en Bosnie. Arrêt de la chambre d’accusation n°1676, Cour d’appel de Tunis, 15 mars 2018. 

[9] Imed Jamelli déclare lors de son interrogatoire avoir été recruté par Youssef Aidaoui au Centre culturel islamique de Milan. Arrêt de la chambre d’accusation n°64490/10, Cour d’appel de Tunis, 27/5/2003.

[10] Le terrorisme à travers les dossiers judiciaires, publication du Centre Tunisien d’études et de recherches sur le terrorisme avec la collaboration du FTDES, octobre 2016 (en langue arabe)

[11] Arrêt de la chambre d’accusation du tribunal militaire n°60811, Cour d’appel de Tunis, 6/2/2001. 

[12] Arrêt de la chambre d’accusation du tribunal militaire n°60811, Cour d’appel de Tunis, 6/2/2001. 

[13] Journal « Al Dhamir Ettounsia », n°425 du 17/8/2014, entretien avec l’ancien dirigeant terroriste international, Tarek Maaroufi, P.14 et 15. 

[14] Arrêt de la chambre d’accusation n°1676, Cour d’appel de Tunis du 15/3/2018, précité. 

[15] Arrêt de la chambre militaire d’accusation n°68062/10, Cour d’appel de Tunis du 21/12/2004.

[16] Voir note précédente. 

[17] Ordonnance de fin d’instruction n°1895/3, juge d’instruction N°3 du tribunal militaire permanent de Tunis du 6/2/2003

[18] Voir note précédente.

[19] Chambre criminelle du tribunal militaire permanent de Tunis, n°16851, en date du 26 janvier 2005. 

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