Fatma ZOUAGHI : le parcours d’une terroriste

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Mouldi Gassoumi             

Docteur et chercheur en sciences sociales 

Traduction Monia Ben Jemai

Professeur universitaire

Introduction

Cette étude a pour objet de dresser le portrait d’une terroriste tunisienne à partir de son parcours. Fatma Zouaghi, inculpée pour appartenance à l’organisation Ansar Charia et accusée d’avoir projeté l’assassinat d’un ambassadeur en poste en Tunisie. 

Ce portrait est fait à partir d’éléments recueillis à partir de son dossier judiciaire[1] et des entretiens qu’elle a eu avec des représentants de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme dans la prison civile pour femmes de la ville de Sfax où elle subit sa peine.

I. Les premières étapes de son enrôlement  

Fatma Zouaghi poursuivait ses études à l’Université tunisienne afin de devenir sage-femme. Difficile d’accès, cette spécialité para médicale est réservée aux bachelières reçue avec une bonne moyenne. Elle était donc une bonne élève et réussissait dans la spécialité qu’elle s’était choisie puisque, lors de son arrestation le 7 octobre 2014, elle était en fin de cursus.  

Instruite et motivée, elle est issue d’une famille de la classe moyenne ; son père est marchand de légumes et sa mère, femme au foyer. L’un de ses frères est ingénieur et ses trois sœurs sont diplômées du supérieur[2]. Dans les entretiens conduits avec elle, elle décrit une vie familiale paisible, sans conflits majeurs[3].

Passionnée de lecture, elle dit lire tout ce qui lui tombe sous la main et qu’elle possède chez elle une bibliothèque bien garnie. Elle cite parmi ses lectures favorites «cent ans de solitude» de Gabriel Garcia Marquez, et dit s’être abreuvée à l’idéologie du djihad avec Abou Katada et El Muqadissi. En prison, elle aurait souhaité lire mais l’administration pénitentiaire lui refusait les livres qu’elle commandait. Que ce soit ceux de Jorgie Zaydan ou les contes de «kalîla wa Dimna». Elle aimait aussi naviguer sur le net et les réseaux sociaux, sa seconde passion.  

Ses frères et sœurs soit pratiquent un islam rigoriste, soit, sont proches des salafistes takfiristes. Elle en subira l’influence. 

  1. Influence du milieu familial et premiers contacts

Son frère ainé Mohamed Zouaghi est salafiste takfiriste et participe aux «tentes de prédication» animées à Douar Hicher par des figures emblématiques du takfirisme comme Abou Souhaib ou Kamel Zarouk. Il assiste aussi aux prêches de Seif Allah Ben Hassine (Abou Yadh)

Sa sœur, Noura Zouaghi, professeure du secondaire, est connue pour sa pratique religieuse rigoureuse au sein de l’établissement où elle enseigne. Elle refuse la mixité et impose une séparation stricte entre filles et garçons dans ses classes. Ses deux autres sœurs, Souad et Lamia, pratiquent aussi un Islam rigoureux. 

Active sur les réseaux sociaux, Fatma Zouaghi tisse rapidement des relations avec des partisans de Ansar Charia. Elle se lie à Afif El Amouri, le responsable des pages électroniques de Ansar Charia, et organise une rencontre entre lui et son frère  Mohamed, en mars 2013. Celui-ci est chargé de remettre une invitation à participer au congrès de Kairouan de «Ansar Charia» à l’Imam de la mosquée «El Hidaya» de la cité Ettadhamen, Hsan Hermi, connu sous le nom de Abou Souhaieb.  

Elle devient rapidement experte dans le maniement des outils internet et des réseaux sociaux, grâce à sa fratrie. Sa sœur, Lamia Zouaghi, ingénieur en informatique et son frère, professeur du secondaire dans la même spécialité la forment et l’aident à acquérir la technicité nécessaire pour naviguer aisément sur le net. Le terrorisme en ligne permet le réseautage, une large diffusion de son idéologie et de ses actions, ainsi que des recrutements massifs. Fatma Zouaghi devient ainsi une experte. C’est grâce à cette maitrise qu’elle va rapidement s’intégrer dans le réseau du groupe terroriste, Ansar Charia, avant de tisser des liens avec ses dirigeants les plus importants.

2. De liens virtuels tissés autour d’une foi commune à l’adhésion en ligne au groupe Ansar Charia

Elle excelle d’autant plus dans le réseautage en ligne qu’elle garde un total anonymat et opère sous de faux profils sur les réseaux sociaux. Lorsqu’elle est arrêtée dans la localité de la Manouba, elle est totalement inconnue des services de police. Son arrestation s’est en effet produite à la suite de celle d’une de ses camarades qui la cite lors de leur interrogatoire[4].

L’ensemble de ses connaissances était purement virtuel, à l’exception de l’une d’ elle, camarade de faculté, Hana Trabelsi, originaire de Testour. 

Son entourage virtuel était loin d’être uniquement féminin même si son recrutement dans l’organisation terroriste et dans sa branche armée «Katibet Okba Ibn Nafaa» s’est fait, en ligne, par l’intermédiaire d’une femme. 

Nul ne connait sa véritable identité et lorsqu’elle est citée lors de l’interrogatoire de son amie, c’est sous le nom de «Wided», laquelle habites toujours selon cette dernière près du terminus du bus de la ligne 56 à Douar Hicher.  

Ses amitiés féminines en ligne sont fondées sur le partage d’une même foi, d’une pratique religieuse rigoriste et d’une appartenance commune au courant salafiste takfiriste.  

Hana Trabelsi son amie se «convertit» à la pensée salafiste takfiriste en 2011 après avoir visionné plusieurs vidéos de prédicateurs tels que Ahmed DidetMohamed Rateb Naboulsi et après avoir écouté plusieurs «hymnes» qui la convainquent de porter le niqab. Le port du niqab est le point de départ. Il signe en effet une appartenance idéologique et l’adhésion à l’organisation terroriste Ansar Charia.  

Si l’entourage féminin fut important dans son cheminement terroriste, il n’était pas exclusif. Outre Afif El Amouri, qui était l’un des seuls à connaître sa véritable identité, elle entre aussi en contact, en ligne, avec Abou Abdallah le Libyen qui lui envoie des fonds pour soutenir l’organisation terroriste.  

Les activités de Fatma Zouaghi pour le compte de l’organisation ont d’abord consisté en des tâches logistiques comme recevoir des sommes d’argent à remettre aux parents de terroristes décédés ou emprisonnés. Elle remet ainsi 1000 dinars à la veuve du terroriste Ali Kalai, tué lors de l’opération de Raoued.

A ces tâches d’ordre logistiques, s’ajoutent des activités de propagande et de diffusion de l’idéologie salafiste djihadiste. Sur les conseils de sa camarade Hana Trabelsi, elle va sur une page dénommée «Tawba Sabri» à partir de laquelle elle reçoit des séquences vidéos et des images des activités du bras armé de Ansar Charia «katibet Okba Ibn Nafaa». Celle-ci retranchée au mont Chaambi diffuse sur les réseaux sociaux, notamment sur la page «l’aube de Kairouan» ( فجر القيروان). 

Fatma Zouaghi s’engage aussi dans des associations caritatives. Que ce soit «Rassembler le bien» «الخير  لمة» ou «le bien islamiste» «الاسلامية الخير».  

Son activité associative, elle la menait essentiellement à Douar Hicher où elle y rencontre Nizar Bouazizi, administrateur de la page FB «les jeunes de Douar Hicher» d’obédience takfiriste.

C’est seulement après avoir accompli des tâches logistiques, milité dans les associations caritatives qu’elle adhère à l’organisation terroriste «Ansar charia» et fait allégeance à Abou Yadh, son chef. 

Devenue membre de Ansar Charia, elle est en charge du volet communication, bien qu’elle déclare n’avoir pas de vocation terroriste et se limiter à des activités de prosélytisme. 

II. D’une pratique religieuse ordinaire à la radicalisation

Croyante, devenue fervente pratiquante à partir de 2009, Fatma Zouaghi adopte le hijab par conviction, début 2010 alors qu’elle est élève en 9ème année de l’enseignement de base. Elle considère, en effet, son port comme obligatoire pour toute femme musulmane depuis qu’elle suit les programmes télé de chaines telles que « Errahma » et « Enness » et suite à ses recherches sur internet. En 2011, elle porte le niqab après en avoir été convaincue par des lectures comme «l’obligation du port  du niqab» de Ibn Jibril et avoir suivi les appels au Jihad qui circulaient sur les réseaux sociaux.

Croyante et pratiquante, elle bascule dans la pensée takfiriste jihadiste et défend l’idée que le jihad est une obligation pour toute musulmane et musulman. Elle puise également ses convictions dans ses lectures de Abou Katada le palestinienAbou Mohamed El Muqadissi et sur les sites de prédication religieuse largement relayés par les réseaux sociaux. 

La radicalisation de Fatma Zouaghi s’est ainsi faite progressivement. Son engagement est réfléchi et en aucun cas il ne résulte d’un acte impulsif dont elle n’aurait mesuré ni l’impact ni les conséquences. 

Fatma Zouaghi adhère à Ansar Charia alors qu’elle est en terminale et en voie de passer son bac. Le groupe lui était devenu familier à travers les associations caritatives dont elle appréciait les aides aux personnes nécessiteuses de Douar Hicher, avant même qu’elle n’adhère au groupe ou ne pense à le faire. 

Membre du groupe terroriste «Ansar Charia», elle adhère à leur idéologie, donc à la nécessité de réinstaurer le califat, d’appliquer les règles de la charia pour régir les sociétés musulmanes et enfin de rejeter la démocratie. Ainsi elle appelle depuis les réseaux sociaux au boycott des élections. Elle ne reconnaît ni les autorités publiques qui gouvernent le pays au mépris de la charia, ni les forces de l’ordre qualifiées de taghouts (tyrans). Elle avoue lors de son interrogatoire avoir salué, sur les réseaux sociaux, comme étant une victoire, l’assassinat des 16 soldats au mont Chaambi et toutes les opérations terroristes menées par le bras armé de Ansar Charia «katibet Okba Ibn Nafaa». 

Fatma Zouaghi partage l’idéologie salafiste takfiriste selon laquelle la société tunisienne est en perte de repères et souffre d’une crise identitaire dont le seul remède serait le retour à la pureté originelle de l’islam[5].

Son parcours, sa pratique religieuse rigoureuse et rigoriste dément l’idée selon laquelle le terrorisme n’a rien à voir avec la religion, apporte la preuve qu’il s’agit bel et bien d’un terrorisme religieux dans lequel le jihad est central pour «sortir la société des brumes dans lesquelles elle est plongée».  

Le jihad sera la dernière étape de son parcours au sein du groupe Ansar Charia. Elle est alors prête à effectuer des opérations suicide. D’après son dossier judiciaire, elle visionne les vidéos d’entrainement de la branche armée «katibat Okba ibn Nafaa» dans le mont chaambi ainsi que la vidéo de l’opération dans laquelle ils exécutent seize soldats à Henchir Tella. Après l’arrestation de Mokhtar el Kadoussi, lors de l’intervention de l’armée suite à la dite attaque, Fatma Zouaghi reste en contact avec Makram Zoghbi l’administrateur de la page «L’aube de Kairouan» «فجر القيروان». Elle communique aussi avec l’un de ses amis depuis cette même page Facebook, le dénommé Zaouali Ayech lequel lui conseille de prendre contact avec Khaled Chayeb connu sous le nom de Lokmane Abou Sakher qui est actif sur la page Facebook «Tawba Sabri». Elle communique aussi avec lui à travers sa propre page dénommée  «Nsiri Sid ahmed» 

Sa relation avec Lokmane Abu Sakher évolue au point que ce dernier lui demande de recruter des jeunes de la capitale pour effectuer des opérations de terrain ainsi que des jeunes de Kairouan et de Siliana pour des soutiens logistiques à la branche armée retranchée au mont Chaambi. Il lui demande aussi d’acheter six radios, et de se procurer des plaques pour emmagasiner de l’énergie solaire afin de pouvoir recharger les téléphones portables, des clés USB, ainsi qu’une voiture pour le transport des jeunes acquis à la branche armée «Katibet Okba Ibn Nafaa». Ces derniers doivent renforcer le groupe du mont Chaambi en vue d’un transport ultérieur d’armes vers la capitale.  

Fatma Zouaghi déclare aussi lors de son interrogatoire qu’elle a manifesté sa volonté de participer à un acte terroriste visant la caserne de Bouchoucha, considérée comme étant l’antre des taghouts. Elle en discute, le 3 Novembre 2013, avec la propriétaire d’une page Facebook nommée «طوق الياسمين» depuis l’une de ses pages dénommée «حماة الديار», où elle fait part de sa participation imminente à un attentat suicide à la caserne de Bouchoucha dans la capitale.  

III. De l’adhésion à l’idéologie salafiste takfiriste au passage à l’acte

Fatma Zouaghi se présente à Lokmane Abou Sakher, à Mokhtar kaddoussi et aux autres membres de l’organisation comme étant de sexe masculin. Personne, hormis Afif Amouri, puis Abou Iyadh, ne savait qu’elle était une femme. Personne aussi, y compris les rares qui savaient qu’elle était une femme, ne connaissaient sa véritable identité. Ils la connaissaient à travers sa page «حماة الديار». Tous ses contacts se faisaient en ligne. Son seul contact réel non virtuel, était avec Akram Aouadi, alors en fuite avant qu’il ne se réfugie en Libye. Son refus de contact réel avec les autres membres de l’organisation, elle l’explique par son refus de la mixité. 

Et c’est son absolu anonymat qui constitue l’un des éléments qui lui ont permis de grimper rapidement les échelons dans la hiérarchie du groupe terroriste Ansar Charia. 

C’est en effet à elle que le groupe propose d’exécuter un diplomate, que ce soit l’ambassadeur de France, celui des États Unis ou celui de la Turquie. L’idée de l’assassinat est proposée par Mokhtar Kadoussi qui dit savoir qu’un ambassadeur fréquente un salon de coiffure au à Carthage Byrsa banlieue Nord de Tunis. Lorsque le diplomate s’y rend, le coiffeur ferme sa boutique afin que nul autre client n’y entre. Il le sait par l’un de ses amis connu sous le nom de «Abou El Fida» propriétaire d’un local de Play station situé en face du salon de coiffure. L’opération visait à semer le trouble dans le pays, après que le groupe Ansar Charia ait été classé comme organisation terroriste, suite à l’assassinat du leader Mohamed El Brahmi. D’autres personnalités diplomatiques pouvaient être visées. Deux personnes aviaent été d’ailleurs chargées de les identifier et de mettre en œuvre un plan d’assassinat: Abdesselem Ben Ali et  Abdessalem Ben Trad

Fatma Zouaghi est aussi contactée, par le biais de la page «Sahbeni Akrem», abritant des membres d’un groupe terroriste algérien «les soldats du califat». Ils voulaient, malgré les dissensions qu’ils ont avec Ansar Charia et son groupe armé du mont Chaambi, entrer en contact avec eux, afin de leur porter main forte et mettre ainsi un pied en Tunisie. 

Fatma Zouaghi devient ainsi un élément clé, central, dans le groupe terroriste Ansar Charia. Elle met en relation les membres de groupe entre eux et avec d’autres groupes terroristes, recrute, informe et se charge de la logistique. Tout cela, elle le fait en ligne, dans l’anonymat. Elle ne rencontre pas les membres de l’organisation même quand elle est chargée de réceptionnée des colis. On les lui dépose dans un coin de mosquée où elle va les récupérer. C’est elle qui réceptionné un disque dur externe déposé dans une mosquée de la cité Ettadhamen par celui qui a la page facebook  Akrem Sahbani. Ce disque est une vidéo de propagande sur les activités caritatives et de prédication du groupe Ansar Charia qu’elle télécharge sur son ordinateur pour le diffuser sur la toile.  Par le biais de la même page, elle apprend que « les soldats du Califat » ont recruté 20 jeunes gens en Algérie chargés d’égorger un diplomate français.  

Elle semble avoir eu cette dernière information en même temps ou même avant certains dirigeants d’Ansar Charia. Quand elle demande à Lokmane Abou Sakhr s’il était au courant de l’opération, il dit le savoir mais que nul ne l’a contacté. Et quand elle lui demande son avis, il répond qu’il faut poser la question à son père qui est Mokhtar Bel Mokhtar et qui se trouve être en Libye, comme l’est Abou Yadh. 

Fatma Zouaghi déclare n’avoir jamais rencontré Abou Iyadh, qu’elle n’en a jamais émis le souhait. « Il est le chef, dit-elle, on lui obéit, c’est tout, nul besoin de le rencontrer. Une rencontre signifie une discussion, un débat. Or on ne discute pas avec le chef » 

Lorsque Afif El Amouri, est arrêté, c’est elle qu’on contacte, via facebook, pour lui demander de prendre langue avec « Farid Najeh», qui n’est autre que Abou Iyadh. Elle communique avec lui, via ce compte mais elle déclare ne pas savoir que ce compte est celui du chef de Ansar Charia, Abou Iyadh.

Devenue l’un des membres les plus actifs d’Ansar Charia, elle participe aux prises de décision et son allégeance est sans faille. Elle ne renie jamais le groupe, lui reste fidèle et poursuit son activité même quand le groupe est classé « organisation terroriste ». Après avoir nié la participation de son groupe à l’assassinat de Chokri Belaid, elle finit par reconnaître qu’il en a été le principal artisan.  

Conclusion   

Ce portrait de Fatma Zouaghi correspond à l’évolution progressive du rôle joué par les femmes dans les groupes terroristes. Evolution qui s’est traduite par des modifications apportées aux structures, de l’organisation, ses objectifs et modes opératoires. La femme « salafiste wahabite », « la sœur des frères musulmans », «la militante Qotbi»[6] (de Sayed Qotb) puis la «femme jihadiste». Ces dénominations successives traduisent de fait, la place des femmes dans l’organisation, évolution par étapes, fonction de son degré d’adhésion à l’idéologie du groupe et à sa capacité organisationelle. Fatma Zouaghi n’entre dans aucune de ces catégories en particulier, mais partage des traits avec chacune d’elles. Sa personnalité et son parcours chevauche l’ensemble de ces catégories. Si elle partage, comme les autres catégories de femmes, l’adhésion à une même idéologie, elle n’occupe aucun poste ni fonction subalterne traditionnellement réservés aux femmes terroristes.  Le cas de Fatma Zouaghi est certainement révélateur des dernières évolutions du rôle des femmes dans les groupes terroristes. Son rôle ne fut pas limité à des tâches logistiques mais atteint un rôle de direction, décisionnaire dans le groupe Ansar Charia. 

Il est vrai que certains idéologues avaient appelé à la modification du rôle des femmes dans l’organisation. Le terroriste Youssef Laatiri, le fondateur de Al Qaida en Arabie Saoudite donnait aux femmes un rôle dans les tâches logistiques et Abou Mosab Zarkaoui les insère dans les combats, qu’ils soient meurtriers ou pas. Il distingue à ce titre entre «les tueuses» et les «non tueuses» au sein de Daesh[7]. Mais ce qui fait la spécificité du parcours de Fatma Zouaghi c’est son ascension vers la plus haute sphère de la prise de décision, dans le cercle fermé et ultra secret que même les membres de «Ansar Charia», y compris ceux chargés de commettre des attentats, ne connaissent ni n’approchent. Son parcours est semblable à celui d’autres femmes terroristes depuis « le jihad solidaire en Afghanistan » jusqu’à Daesh[8].

Ces données invitent à d’autres recherches recoupant les éléments communs au jihad des femmes. Les spécificités nombreuses de ces femmes sont fonction des pays d’origine de ces terroristes, de la migration (les mouhajirates), et de leurs références idéologiques. Si ces dernières peuvent varier, elles ont néanmoins un référent commun: l’idéologie et la doctrine religieuse qui a fondé le phénomène terroriste.      


[1] Arrêt de la chambre d’accusation n°437/34, Cour d’appel de Tunis, 28 janvier 2016. 

[2] Maitrise en français, maitrise en informatique et maitrise en gestion. 

[3] Selon son dossier judiciaire et les entretiens accordés aux représentants de la Ligue des droits de l’homme dans la prison pour femmes de Sfax. 

[4] Selon les entretiens conduits à la prison pour femmes de Sfax. 

[5] Idée partagée par tous les adeptes de l’islam politique radical et trouve son origine dans l’ouvrage de Sayed Kotb « Ma’alim fi al-Tariq» dans lequel il est dit que l’humanité vit aujourd’hui dans la Jahiliya ou pire encore. 

[6] Hassen Abou Henia, Mohamed Abou Romane, Les passionnées de la Chahada : le terrorisme féminin de Al Qaida à l’Etat Islamique, Friedrich Ebert, Amman, 2017, p.38-84.

[7] Voir note précédente, p.112-113

[8] Même référence que la note précédente p.198-421

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