Des formations de terroristes en Tunisie : Un Crime d’État

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Une enquête préparée par : 

Abdel Nasser Aouini : Avocat et chercheur

Latifa Hosni : Journaliste et chercheure

Traduction:   

                    Mme Monia Ben Jemai

                     Professeur Universitaire

Premier Chapitre : Conflit sur la décision sécuritaire concernant la tenue des formations

Quelle est la vérité sur les cours de formation pour les membres de «Fajr Libya» en Tunisie? Qui les a couverts? Et qui profite financièrement et politiquement de ces formations? Dans quelle mesure des personnalités politiques et de sécurité de haut rang sont-elles impliquées dans ce crime? Comment le ministère de l’Intérieur peut-il à nouveau traiter avec le personnel de sécurité isolé?

Dans ce rapport, nous tenterons de découvrir les composantes et les causes de ce crime qui a eu lieu à l’été 2013, en particulier avec la fragilité de la situation sécuritaire dans notre pays, une année qui a vu deux assassinats d’éminents dirigeants politiques, Chokri Belaid le 06 février, et Mohamed Brahmi le 25 juillet, année du massacre de nos soldats au Mont Chaambi dans le gouvernorat de Kasserine, suite à une attaque terroriste menée par des groupes terroristes.

Notre pays a traversé, durant cette période, de temps difficiles où la question de sécurité est apparue au premier plan.

Au cours de cette période critique, un citoyen tunisien s’est rendu dans plusieurs hôtels de la ville de Hammamet, pour y réserver un certain nombre de chambres et de salles de réunion. Cela n’aurait pas été suspect s’il n’y avait eu le contact de cette personne avec des agents de sécurité tunisiens à la retraite. Les soupçons se sont accrus lorsqu’il est devenu clair que cette personne avait l’intention d’organiser des sessions de formation pour les groupes de sécurité libyens qui seraient menées par des cadres de sécurité tunisiens isolés ou renvoyés à la retraite.

Premièrement: la confusion des déclarations au sein de la direction de la sécurité

Le directeur général de la sureté nationale au ministère de l’Intérieur de l’époque, Wahid Toujani, dit que ses services, et d’autres services sécuritaires, y compris les unités spécialisées, ont été surpris par les informations fréquentes, qui indiquent la détermination d’une personne tunisienne à organiser un stage de formation au profit d’un groupe de sécurité libyen, sans avoir de licence officielle de sa part, ou d’autres autorités officielles, ce qui l’a incité à convoquer le représentant à la sécurité à l’ambassade de Libye, par l’intermédiaire de l’Administration générale des unités spécialisées, et il l’a effectivement reçu en présence du directeur général des unités spécialisées, et lui a demandé ce que le Tunisien entend faire, en préparant un stage de formation au profit d’un groupe de sécurité libyen affilié à son pays, sans aucune coordination avec les autorités tunisiennes.

La réunion a été tranchante, en raison du fait qu’il y a une violation des normes établies entre deux organismes officiels, car la question nécessite une notification préalable, sécurisant les conditions de formation, au niveau sécuritaire et scientifique, d’autant plus qu’il existe des certificats qui seront délivrés aux formés, en plus de la nécessité de garantir la présence d’un grand groupe étranger dans de nombreuses hôtels, dans un système spécial, ce qui n’a pas été coordonné et préparé. Wahid Toujani a menacé de refuser cette formation, d’empêcher l’entrée des Libyens voulant être formés en Tunisie, et de refuser d’atterrir leur avion à l’aéroport d’Enfidha.

Suite á cela, Wahid Toujani a informé le Ministre de l’Intérieur Lotfi Ben Jeddou, de toutes les informations qui lui   étaient parvenues. Entre-temps, des unités techniques du ministère de l’Intérieur en Tunisie ont appris que le représentant à la sécurité de l’ambassade de Libye a contacté son ministre de l’Intérieur, pour l’informer que Wahid Toujani rejette ces formations sans coordination avec ses services et menace de refuser de laisser atterrir l’avion, le ministre libyen de l’Intérieur lui a suggéré de ne pas accorder d’importance et d’ignorer les propos de Toujani. 

Les sessions de formation ont commencé et Wahid Toujani a continué à suivre le sujet de loin, puis, au cours de la session de formation, il a coordonné avec le directeur général de la formation, Samir Tarhouni, le lancement des futures procédures d’organisation. Quant au côté financier, il n’avait pas connaissance á  ce sujet. 

Il est à noter que Wahid Toujani s’est opposé à l’organisation de ces séances avec le Ministre de l’Intérieur Lotfi Ben Jeddou, alors qu’ils attendaient de rencontrer le président de la République, dans l’une des salles de réception du palais de Carthage, accompagné du ministre libyen de l’intérieur, ce dernier lui a répondu avec acuité et colère: «Vous n’êtes pas impliqué … et vous êtes contre cette opération …» Wahid Toujani a préféré garder le silence en présence de son ministre Lotfi Ben Jeddou, qui a tenté de calmer son homologue libyen, indiquant qu’ils étaient sur le point de rencontrer le président de la République.

Atef Omrani, directeur général de l’administration générale des services spéciaux, n’a pas compris que son chef, le directeur général de la sécurité nationale, Wahid Toujani, avait été surpris par les informations sur la session, car il lui avait remis des rapports depuis la fin de l’été 2013 indiquant qu’un citoyen tunisien nommé « Bin Abdullah » dispose d’un bureau d’études Côté lac, et une personne de nationalité libyenne qui s’appelle « Lassoued », et se présente comme conseiller du ministre libyen de l’Intérieur à l’époque, se préparent à recevoir un groupe de Libyens pour mener une formation au profit des employés du ministère libyen de l’intérieur, et qu’ils avaient l’habitude d’appeler des hôtels du côté de Hammamet, pour réserver des logements et des salles de conférence. Il avait également soumis auparavant des rapports sur les formateurs retraités tunisiens et le contenu des cours qui y étaient dispensés. C’est tout ce qu’il pouvait faire dans les limites des pouvoirs de sa position. Il ne pouvait pas exprimer son opinion, ce qui pouvait le mettre en difficulté. Cependant, la question a été débattue lors des sessions du Conseil national de sécurité, et il ne se souvient pas s’il avait reçu pour instruction de préparer un rapport pour le soumettre à la présidence du gouvernement, et il a exclu la possibilité d’empêcher un avion transportant un groupe de cadres libyens à destination de l’aéroport d’Enfidha de débarquer.

Quant à Ali Laarayedh, le président du gouvernement de l’époque, il ne se souvient pas si le sujet des stages a été évoqué avant lui. Son mandat de Premier ministre a été marqué par la mobilité sociale et sécuritaire, a-t-il déclaré, comme l’assassinat du député de l’Assemblée constituante Mohamed Brahmi, ainsi que l’exposition du pays à de nombreux événements terroristes, la classification d’Ansar al-Sharia comme organisation terroriste, la fragilité de la situation sécuritaire en général et la tentative de reprendre le souffle, en particulier au niveau de la frontière avec la Libye, surtout que ce dernier connaît des troubles et une situation instable.

Ali Laarayedh décline toute responsabilité

Ali Laarayedh a déclaré qu’il n’était pas au courant qu’une entreprise privée organise des cours de formation pour des groupes de sécurité, il ne le sait pas, mais il n’est pas certain!!! Il ne se souvient pas du tout?, car une longue période a passé, et de nombreux événements se sont déroulés, cependant, il envisage que s’il avait eu connaissance de ce problème, il aurait soulevé plusieurs points concernant l’identité de l’entreprise, son objectif, l’identité de son propriétaire et l’étude des implications sécuritaires au niveau national de ce processus, avec le ministre de l’Intérieur Lotfi Ben Jeddou.

Deuxièmement: L’intervention de la Présidence, lorsque la direction politique est perturbée

Quant à la question de la coopération avec le ministère libyen de l’Intérieur, la question a été soulevée depuis le début de 2012, alors qu’il était ministre de l’Intérieur, et il s’est retrouvé à  des réunions avec ses homologues libyens, pour étudier les modalités de coopération technique, d’échange d’expériences, de formation et d’entraînement militaire, et après un accord formel entre les parties libyenne et tunisienne, la partie libyenne a préféré se diriger vers la Jordanie, et l’accord n’a pas vu le jour. Ali laarayedh était également surpris par les déclarations du directeur général de la sécurité présidentielle Taoufik Kasmi, concernant le fait d’empêcher un avion en provenance de Libye à destination de l’aéroport d’Enfidha, avec un certain nombre d’agents de sécurité libyens, de débarquer. Il existe des règles de base concernant l’aviation civile volant dans le ciel. Seul le Président de la République, en sa qualité de commandant suprême des forces armées, peut empêcher l’atterrissage de l’avion s’il présente un danger pour le pays.

Ali Laarayedh a également confirmé qu’il n’était pas au courant de la visite des responsables libyens concernant ces formations, en particulier Siddiq Abdel Karim, bien que le président de la République, Moncef Marzouki, l’ait reçu, accompagné de Lotfi Bin Jeddou, alors que Laarayedh ignorait cela.

Lotfi Ben Jeddou dément Ali Laarayedh

Lotfi Ben Jeddou, ministre de l’Intérieur du gouvernement d’Ali Laarayedh, savait que ses services, tels que l’Administration générale de la sureté nationale, l’Administration générale des services spéciaux et l’Administration générale de la sécurité publique, étaient au courant de l’existence d’une entreprise privée qui organise une formation au profit des employés du ministère libyen de l’Intérieur dans un hôtel à Hammamet, et que des agents de sécurité tunisiens retraités et isolés ont supervisé cette formation. Il a déclaré que lui-même et les directeurs généraux des départements susmentionnés ont refusé d’autoriser une entreprise privée à fournir de tels services, sans autorisation spéciale, compte tenu du caractère officiel et souverain de ces formations, sans oublier que cette entreprise est liée au gouvernement de Tripoli.

Le ministre de l’Intérieur du gouvernement de Tripoli, Al Siddiq Abdel Karim, a illustré/étayé/justifié sa position, estimant que la formation de citoyens libyens appartenant au ministère de l’Intérieur n’exigeait pas toutes ces précautions, mais il a changé d’avis, après avoir consulté les directeurs généraux de la sécurité, notamment le directeur général de la sureté nationale et le directeur des services spéciaux, il a pris position contre une entreprise privée menant la formation d’un service régulier, car la présence du groupe dans hôtel représentait un danger pour eux, et une menace qui peut les rendre une cible pour des groupes terroristes locaux ou libyens. De plus, il y a eu des réserves sur les formateurs, car ce sont des cadres de sécurité qui étaient auparavant isolés ou renvoyés à la retraite, pour cela ces formations doivent passer par les voies officielles.

Lotfi Ben Jeddou a confirmé que le Premier ministre avait été informé de toutes les réserves à ce sujet au moyen d’un rapport, et qu’il a vérifié qu’il n’y avait aucune objection de sa part, ni de la part de la Présidence de la République, d’autant plus qu’il se souvenait de la présence du ministre libyen de l’Intérieur, Al Siddiq Abdel Karim, accompagné d’une délégation officielle, et qu’il l’a reçu comme l’exigent les coutumes et le protocole, et en présence du directeur général de la sécurité nationale, Wahid Toujani. Ils sont tous allés rencontrer le président de la République au palais de Carthage, où dans l’une de ses salles, et en attendant la rencontre avec le président, d’intenses discussions ont eu lieu entre le ministre libyen et le directeur général de la sureté nationale, qui a exprimé son ressentiment face à la manière dont l’autorité officielle libyenne a traité une entreprise privée dans un domaine délicat et sensible. Ensuite, le ministre libyen a réagi et a exprimé sa colère, affirmant que le directeur général de la sécurité nationale ne souhaitait pas coopérer avec les autorités libyennes.

Puis Lotfi Ben Jeddou est intervenu pour calmer son homologue libyen, lui expliquant que ce qui était dit dans les propos de Wahid Toujani était de l’ordre du conseil. La délégation serait reçue par le Président de la République et la question n’a pas été discutée lors de la réunion.

Mustapha Ben Omar, directeur général de la sécurité publique, n’était pas au courant du problème, car il avait été démis de ses fonctions de directeur général de la sécurité publique et Abd El Sattar Salmi a pris sa place, qui, tout en s’acquittant de ses fonctions dans le cadre du plan susmentionné, a soulevé la question d’une entreprise privée basée dans le lac se préparant à donner des cours de formation pour un groupe du ministère libyen de l’Intérieur dans un hôtel à Hammamet. Abd El Sattar Salmi n’a pas accepté cela, ni la manière dont la formation a été préparée, car elle ne contenait pas suffisamment d’informations de sécurité concernant l’entreprise, ainsi que les bénéficiaires de cette activité.

Abd El Sattar Salmi a échangé avec les directeurs généraux, en particulier Wahid Toujani et Atef Omrani, sur cette question, que son administration a poursuivie, en tant qu’agence de sécurité, à laquelle  on soumit des rapports, et à son tour, elle les soumit au directeur général de la sureté nationale, sans avis à rendre, mais a plutôt fait des propositions et des notes, concernant la pertinence de l’activité.

Ces déclarations et observations ont également été reprises par Zouhair Seddik, directeur de la direction centrale des opérations qui s’occupe de la coordination entre les différentes unités de sécurité, recevant leurs rapports et les soumettant aux autorités spécialisées, et il a à son tour nié les déclarations de Taoufik Kasmi concernant le fait d’empêcher l’avion des « stagiaires » libyens de débarquer.

Empêcher l’avion des stagiaires libyens de débarquer

Pour sa part, Karem Gmizah, directeur de la sureté du district de Nabeul à l’époque, a déclaré avoir reçu une lettre du Département central des opérations du ministère de l’Intérieur le 7 novembre 2013 concernant une demande d’une société privée de formation, la société internationale globale de formation, pour organiser des cours de formation sur le renforcement des compétences et le leadership des membres de la police libyenne, après cela, il a mené des enquêtes, qui ont conduit au fait que les formateurs tunisiens dans le domaine de la sécurité sont des cadres de sécurité isolés ou à la retraite, y compris des policiers et des gardes au nombre de 15 formateurs, et un professeur d’université qui s’appelle Samir Hamdi. Les enquêtes ont également révélé que le propriétaire de l’entreprise est libyen, appelé Fawzi Lassoued, et que les bénéficiaires de la formation sont affiliés au ministère libyen de l’Intérieur, et qu’ils sont environ 300 dans un premier lot, et il était prévu que la formation débute du 10 au 25 novembre 2013, dans les hôtels suivants : le « Russelior », « El Mouradi » et le « Royal ».

Il a ajouté que Wahid Toujani lui avait demandé d’empêcher la formation de se tenir, en particulier quand il a su que les formateurs étaient des cadres de sécurité isolées, il a donc coordonné cela avec le chef du district de sécurité de Hammamet et le directeur de sureté du district de Carthage, Adel Ashour, car le siège de la société dans le lac suit sa base, cependant, les sessions de formation ont eu lieu, après que la décision de les interdire ait été annulée, ce à quoi nous nous sommes attaquons  dans le deuxième chapitre.

Deuxième chapitre: Détails des cours de formation

Dans la période de transition, entre le deuxième gouvernement du mouvement Ennahda, dirigé par Ali Laarayedh, et le gouvernement de Mahdi Jomaa, c’est-à-dire à la fin de 2013 et au début de 2014, il a été décidé d’organiser cinq cours de formation sécuritaire pour le personnel et les officiers de sécurité libyens, au nombre d’environ mille cinq cents, sans notification ni autorisation de l’autorité officielle concernée. Plusieurs parties ont adopté ce projet, et ils sont principalement la société YOUMA pour la formation, qui est une entreprise privée de son propriétaire Nour eddine Ben Abbas et Olfa Khalil Arem, directrice d’une société spécialisée dans la formation et le conseil, Mourad Ben Ramadan, directeur général d’une entreprise, Samir Hamdi, professeur d’université, et Yosri Dali un cadre de sécurité isolé après la révolution, en partenariat avec la société libyenne « The International Comprehensive for Training Qualification Studies & Consulting », qui est une société libyenne privée représentée par le Libyen Faouzi Lassoued, pour commencer à établir des liens et fournir les capacités et les locaux pour la mise en œuvre du projet.

Le projet a été divisé en cinq sessions de formation, la première étendue du 11/10/2013 au 26/11/2013 à laquelle ont participé 263 stagiaires, et la seconde du 26/11/2013 au 12/12/2013 à laquelle 265 stagiaires ont participé, de sorte que la troisième session a eu lieu entre la période prolongée. Du 12/ 12/ 2013 au 28/12/2013 et a inclus 450 participants, et la quatrième session du 28/12/2103 au 13/01/2014 à laquelle 432 personnes ont participé. Quant à la cinquième session, elle s’est tenue du 14/01/2014 au 02/05/2014 et comprenait 179 participants.

Le thème de formation de ces sessions comprend la communication, le leadership et le comportement en situation de stress, ainsi que la relation avec le citoyen.

Comment se sont déroulées ces sessions? Quelle est l’identité des formateurs et des participants ?

Premièrement: le rôle des civils dans l’organisation des sessions de formation

On entend par civils des personnes qui n’assument aucune responsabilité officielle, politique ou sécuritaire, des propriétaires de sociétés commerciales et des professeurs d’universités, dont le rôle est apparu selon leurs déclarations incluses dans le document/dossier en tant que propriétaires de l’idée et les ingénieurs de l’initiative d’organiser ces cours. Le point de départ du projet était entre Nour Eddine Ben Abbas, propriétaire de YOUMA Training Company, et Fawzi Lassoued, propriétaire du Libyan Group for Industrial Technology, ensuite, la présence d’autres personnalités évalue selon le progrès du projet, et l’objectif affiché est bien sûr de réaliser des bénéfices et de remporter l’accord de l’organisation, avec la confirmation qu’il n y avait eu aucune coordination avec les autorités concernées ni le fait d’obtenir une licence de leur part en la matière malgré la sensibilité de la question et la précision et l’ambigüité de la situation politique et sécuritaire en Libye. 

  1. Médiation de certains hommes d’affaires, propriétaires d’entreprises dans le blanchiment du projet

On constate au premier abord que l’implication de certains hommes d’affaires et de leur compétition/concurrence pour remporter l’accord d’organisation du projet ou pour y participer visait à réaliser des bénéfices d’urgence et à collecter une part de la liquidité financière circulant de manière irrégulière et incontrôlée en dehors des canaux officiels à l’intérieur de la Tunisie après la chute du régime de Kadhafi et l’effondrement de l’État, en créant un marché privé «un marché ad hoc» à l’occasion de la volonté du demandeur libyen d’acheter une partie de l’expertise sécuritaire tunisienne au profit de prétendus agents de sécurité affiliés au ministère libyen de l’Intérieur. Cependant, malgré l’existence d’accords bilatéraux et régionaux relatifs à la coopération en matière de sécurité en vigueur entre les deux pays, la tenue et l’organisation de ces formations se sont faites d’un commun accord entre hommes d’affaires et entreprises privées, avec un financement informel dont la source est inconnue, et le ministre de l’intérieur du gouvernement d’Ali Zidan ne s’est joint à la clôture de la deuxième session qu’après que les dirigeants tunisiens de la sécurité ont menacé d’arrêter les travaux de la première session  et ont informé les parties organisatrices de cesser de poursuivre le projet. À cet égard, le document montre que les hommes d’affaires et chefs d’entreprise participant au projet disposaient d’un privilège qui leur permettait d’accéder facilement aux plus hauts centres de décision du pays et d’influencer l’annulation de la décision de sécurité de suspendre les sessions de formation.

Le document montre, par la combinaison des déclarations, que les propriétaires des entreprises contrôlent le projet dans la prise de décision, le financement, l’organisation et la consolidation/fortification, outre le libyen Fawzi Mohamed Hasan Lassoued (propriétaire de la Libyan Industrial Technology Group Company et parrain du projet), qui a créé en cours de route une société qu’il a appelée «The Comprehensive International for Training Qualification», à travers laquelle, avec le soutien de son ami et partenaire Mourad Ben Ramadan, il supervise directement le déroulement des séminaires, se distinguent les noms suivants :

  • Chafik Jarraya, un homme d’affaires connu pour ses relations complexes et ambiguës avec de nombreux partis libyens, il suivait le sujet, et des informations sur le projet et ses contributeurs ont été trouvées sur l’ordinateur de son secrétaire Kawther Daasi.
  • Rafik Moalla, propriétaire de la société « Al Taqdom com » et « Al Taqadom for Training and Rehabilitation », il entretient des relations directes avec de nombreux agents de sécurité isolés, il les a proposés comme formateurs et a pris en charge la conception de leurs cartes et l’enregistrement de leurs CV. Il a également emmené deux cadres de sécurité isolés en Libye pour négocier certains détails du projet.
  • Noureddine Abbas, le propriétaire de YOUMA Training Company, il est le propriétaire de l’idée du projet, et c’est lui qui l’a promu du côté libyen, il a également rencontré le ministre de l’Intérieur Lotfi Ben Jeddou à l’époque pour le convaincre de la faisabilité du projet et de la nécessité de réviser la décision empêchant la poursuite de la formation.
  • Olfa Khalil Arem, directrice d’Eyes Coach (et plus tard leader du parti Nidaa Tounes), elle a supervisé la conduite des séminaires et les a contrôlés techniquement, elle a également contacté le conseiller du président de la République Aziz Krishan pour soutenir la poursuite des séminaires et ne pas les empêcher.
  • Mohamed Damak, propriétaire de Dell Carnegie, a été consulté sur une proposition de formateurs.
  • Mohamed Mondher Kurji, directeur d’Over Seas, une agence de voyage qui s’est occupée de l’aspect logistique et de la mise à disposition d’auberges et d’hébergement.

2. La contribution de certains spécialistes à la formation

Le premier choix pour la sélection des formateurs était ceux qui avaient une spécialisation universitaire parmi les professeurs et certains experts en développement humain pour organiser des séminaires. Un comité a été formé pour vérifier les biographies des personnalités proposées, mais les candidats ne remplissant pas les conditions recherchées par le fournisseur libyen, leur emploi a été abandonné. Le personnage principal dans ce contexte est le professeur d’université Samir Hamdi, qui est professeur d’université et membre du développement humain et chargé de cours à l’École nationale de sécurité de Salambo. Il a entrepris la préparation d’un programme de formation aux compétences de la vie courante qui comprenait du matériel de communication, de leadership et de comportement dans le stress et les relations avec le citoyen.

Après que la partie libyenne se soit mise d’accord sur le programme de séminaires proposé, une réunion a eu lieu en présence de Samir Hamdi au bureau de Noureddine Ben Abbas avec Mourad Ben Ramadan, Olfa Khalil Arem, un représentant de Dell Carnegie et le libyen Fawzi Lassoued, un comité pour tester les formateurs a été formé à partir de professeurs d’université et d’experts indépendants qui n’en étaient pas convaincus. Le comité décide d’abandonner leur recrutement, sauf le surnommé Salah Eddine Ben Fadhel, professeur d’université de psychologie, qui semble avoir été employé sans passer par le comité (d’ailleurs, il n’est pas entendu dans le dossier). Par la suite, et en coordination avec le cadre de sécurité isolé, Yosri Dali, Samir Hamdi a obtenu une liste de cadres de sécurité retraités et isolés après la révolution, qui a eu l’approbation de la partie libyenne.

Deuxièmement: Le contenu des séminaires et les conditions de leur animation

L’importance de cette partie réside dans les questions qui se posent elles-mêmes sur certains détails auxquels l’enquêteur n’a pas attaché l’importance nécessaire et auxquels nous ne trouvons pas de réponses dans le dossier.

Qu’est-ce que les formateurs ont transmis aux participants, leur expérience opérationnelle sur le terrain ou simplement des connaissances théoriques?

Des relations directes ont-elles été liées entre la partie libyenne (société privée dont le propriétaire réside en Tunisie) et le personnel de sécurité isolé et retraité?

Les autorités de sécurité accompagnant l’avancement du projet de formation ont-elles documenté les activités des séminaires et rédigé des rapports de sécurité à leur sujet pour examen par les responsables de la sécurité?

  1. Le contenu et les objectifs des cours de formation

Presque tous les répondants ont convenu qu’ils enseignaient aux participants libyens les sujets des techniques de communication, du comportement en situation de stress et du leadership seulement. Selon les nombres donnés, 1589 personnes ont été formées par 21 officiers et agents, non pour le compte de civils, qui avaient auparavant assumé des responsabilités plus élevées dans les différents services de sécurité, au cours de cinq sessions d’une durée de 15 jours chacune, dans les sujets susmentionnés, sans détails et avec presque la confirmation que l’opération était limitée au côté théorique.

Le sujet de ce chapitre devient déroutant pour le lecteur, surtout s’il examine la compétence technique de certains des formateurs et leur parcours professionnel, qui ne les autorise pas à dispenser des cours théoriques dans les matières susmentionnées, les répondants conviennent qu’ils ont tous enseigné les mêmes matières, certains prétendent les avoir tous enseignés, et c’est peut-être une coïncidence que vous trouvez un officier de la Garde nationale spécialisé dans les véhicules blindés, un officier de l’administration pénitentiaire et un ancien directeur du renseignement qui enseignaient les mêmes matières. Le cas le plus étrange dans ce contexte est peut-être la déclaration d’un des formateurs qui a passé 35 ans dans les départements concernés par le travail d’information jusqu’à sa retraite et sans gravir les échelons et les responsabilités, qu’il a enseigné la matière de gestion de la pression psychologique, de la communication et du leadership. Lorsqu’ils sont confrontés sur le fait qu’ils enfreignent la loi régissant les services de sécurité directs et à la retraite, les répondants insistent que « le secret professionnel n’a été divulgué d’aucune manière et que les cours de formation des agents de sécurité libyens n’étaient pas de nature sécuritaire et que leur formation se limitait à la gestion de la pression, du leadership et de la communication. »

2. Types et affiliation des formateurs en sécurité et le système de leur embauche/engagement

Nous avons comptabilisé l’implication de 21 cadres et agents de sécurité parmi les répondants du document dans l’enseignement proprement dit, soit au début des séminaires, soit pendant leur cours, et ils sont les suivants: Quinze (15) personnels retraités ou licenciés et six (06) membres directs de l’Administration générale de la formation. Quant aux personnels de sécurité retraités et isolés, ils sont répartis en sept (07) officiers de la Garde nationale, sept (07) cadres de la Sécurité Publique, et un (01) officier des prisons et de la réforme.

Quant au salaire des formateurs, il s’est déroulé à deux niveaux: le niveau des retraités, isolés et ceux qui ont pris un salaire en calculant 500 dinars par jour à raison de trois à quatre jours par semaine. Et le niveau des formateurs appartenant à l’Administration Générale de la Formation, qui ont chacun reçu 1400 dinars selon la déclaration de l’un d’entre eux (et 2100 dinars selon les documents ajoutés par l’administration) pendant neuf jours de formation, leur participation moyenne aux séminaires.

La question de l’embauche soulève plusieurs problèmes, dont le premier est le cash et le paiement direct, le second est l’impossibilité d’estimer le budget réel des salaires d’une part et pour l’ensemble du cycle d’autre part, l’absence de contrôle des intérêts financiers et fiscaux de l’Etat, de sorte que le processus se transforme en quelque chose comme un commerce parallèle non autorisé et non soumis à taxation.

Le troisième problème est le degré de collusion et le manque de responsabilité d’un important groupe d’élite d’agents de sécurité et de dirigeants qui étaient auparavant responsables de l’application de la loi, de la protection des frontières et de la résistance des passeurs, qui prétendent qu’ils en forment d’autres dans les arts du leadership et de la communication, en se contentant d’être embauchés discrètement en violation flagrante de la loi. 

La situation s’aggrave dans le cas des contrats verbaux qui a été entrepris par l’Administration générale de la formation, qui est un organisme officiel soumis au contrôle et à la surveillance du ministre de l’Intérieur, et dont le directeur général a reçu un montant de 42000 dinars en espèces de l’organe organisateur directement au mépris total des lois régissant les contrats et les relations avec les particuliers et le système des transactions et des fournitures.

Conclusion

Le document / dossier qui fait l’objet de cet article nous renvoie à une politique intégrée dont les traits ont été dessinés après la révolution et consacrés après les élections du 23 octobre 2011, qui a commencé avec le gouvernement Troïka dirigé par le mouvement Ennahda, et dont nous ne sommes pas encore arrivés à sa fin, et dont son composant principal est l’affaiblissement de l’État en pénétrant le système de sécurité avec de l’argent corrompu et l’autonomisation partisane et informationnelle, et en harcelant les agents de sécurité pour les contenir et dans le plus extrême des cas les neutraliser, endurcir l’épine du terrorisme et ouvrir la voie au renseignement avec l’intelligence de certains pays des axes.

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